Réaction à l’article de Basile Guissou sur l'offialisation des langues nationales

Publié le par mala

Basile L. Guissou, Délégué général du CNRST : « Il faut que toutes les langues maternelles du Burkina soient reconnues par la Constitution », dans Sidwaya du mercredi 21 avril 2010

 

Réaction à l’article

 

Merci au Koro Basile pour sa contribution combien importante et engagée pour la cause des langues et des cultures nationales. Je partage avec vous entièrement votre analyse de la situation de malaise linguistique en cette période de crise de toutes sortes (éducation, démocratie, citoyenneté…). Toute le monde perçoit que nous sommes encore dans une société colonisée de domination étrangère et la langue de la cour n’est pas nécessairement celle du peuple exactement comme l’Angleterre et la Russie sous domination française. Au temps des Blancs, la langue du gouvernement était le français et celle de tous les jours était les langues indigènes. 50 après l’accès aux indépendances, cette situation est restée tabou et comme si tout le monde veillait à ce que rien ne change. L’Afrique indépendante n’a pas choisi délibérément de garder le français ou l’anglais comme langue officielle. La question a été simplement évitée pour ne pas se mettre la France qu’on quittait (d’une autre façon) sur le do. Dans toutes les constitutions d’Afrique francophone, le français était langue officielle pendant qu’il n’avait pas encore ce statut dans la métropole même. L’ordonnance de Villers-Cotterêts qui est une mesure d’élimination du latin de l’administration en 1539 a juste fait du français la langue de l’administration et de la justice avec une réforme sur le vocabulaire notamment dans la réduction de l’influence de la langue latine. Il n’a été nullement fait allusion à une quelconque notion de langue officielle dans le texte.

 

En tant que militant de la cause des langues nationales et vous le savez bien, je suis cependant, obligé de réagir à propos de certaines prises de position notamment en ce qui concerne précisément votre proposition d’officialisation des langues nationales. Je crois et je reste convaincu que « la solution ne viendra pas de l’officialisation des langues nationales » et j’ai largement écrit à ce propos et sur ce sujet. Un certain nombre de raisons m’amène à penser autrement : Premièrement, la notion de langue nationale elle-même est liée, en générale, à une constitution. Pour être bref sur ce point « une langue officielle est une langue déclarée comme telle dans une constitution ». Or et quand on sait que tous les pays du monde n’en n’ont pas donc…

 

Ensuite même les pays qui en ont, tous n’ont pas jugé nécessaire d’introduire nécessairement un article à cet effet. 17 Etats sur les 51 aux USA ont une langue officielle et l’Etat fédérale n’en a pas. Le texte de la constitution des USA est téléchargeable librement et tous peuvent le vérifier. Si vous prenez le cas de la France, il n’y a pas un article qui dit concrètement que le français est la langue officielle de la république mais langue nationale. L’Etat d’Israël a deux langues officielles (hébreu et arabe) et même les Etats multilingues officiels comme le Canada, la Suisse ou la Belgique, le fait d’utiliser différentes langues ne vous donne pas les mêmes avantages. En Afrique du Sud, il y a une langue officielle d’Etat et quelques langues officielles provinciales. Mais dans la réalité, si l’administration locale fonctionne aussi bien dans la langue officielle provinciale que dans la langue officielle d’Etat, tout le monde sait qu’utiliser la deuxième offre plus d’avantages.

 

Tout près de nous, la Mauritanie vient de lancer l’idée d’une arabisation intégrale au nom de la souveraineté et du droit à la langue. Mais, quand on sait que cela a introduit d’autres querelles, c’est se demander ce qu’on va gagner en proposant une mesure qui divise plus qu’elle ne rapporte. Il ne faut pas voir ici une quelconque volonté de ne pas prendre position car il s’agit de la vie des citoyens, de l’ordre de la cité. Il faut être prudent malgré la passion, il faut être vigilent malgré l’urgence.

 

Rappelez-vous que les échecs successifs des politiques linguistiques africaines (Bénin, Haute-Volta, Sénégal, Madagascar, Tanzanie…) ont rendu le peuple incrédule devant les propositions des dirigeants qui envoient leurs enfants dans les écoles au Canada, en France et aux USA pour qu’il échappent aux langues nationales.

 

C’était pour dire que l’officialisation n’est pas la panacée quand bien même elle peut calmer certaines ardeurs. Le droit à apprendre dans la langue qu’on maîtrise doit être préservé et le choix de la langue dans l’usage publique doit être en adéquation avec les besoins de la communauté. Et pour réaliser une société juste, il faut réhabiliter les langues en travaillant à les équiper de ressources nécessaires pour leur permettre de faire face aux fonctions d’éducation (création de manuel), d’économie, politique, santé… (lexiques). Avoir de l’ambition pour sa culture, c’est bien une preuve d’amour pour son peuple.

 

Mamadou Lamine SANOGO

Maître de recherche

INSS-CNRST / Ouagadougou

Burkina Faso

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S
Merci beaucoup pour toutes ces lumières.<br /> Monsieur Sanogo a cité des exemples très intéressant de pays multilingues officiellement : Belgique, Suisse, Canada, ... Le coût et les efforts particuliers que nécessitent l'entretien de cette diversité sont énormes. Ajouter cela à la permanente tension latente ou vive entre les communautés linguistiques... Si on reconnait 2 langues officiels, tout acte officiel devrait être publié dans ces 2 langues. Si c'est 10 langues c'est pareil et ainsi de suite. Les services publics devront être donnés dans chacune de ces langues quel que soit le nombre de locuteurs puisque ce droit est sanctuarisé par la constitution...<br /> <br /> En bon profane, je me demande si le rêve d'une nation burkinabé peut être compatible avec une volonté de trainer dans le futur tous les acquis du passé. De ce point de vue là, je trouve la proposition du doyen B.L. Guissou incompatible avec le projet d'une nation moderne qui requiert un certain nombre de réalismes et le courage pour opérer des choix qui peuvent être difficiles. Je doute qu'il existe un Etat assez fort pour promouvoir équitablement des dizaines de langues.<br /> <br /> Nous devons faire l'effort par ailleurs d'intégrer la colonisation comme un passage de notre histoire et assumer ses héritages. Le français en est un et l'anglais aussi. Il nous faut adopter le français et l'anglais aussi ! Ces deux là doivent être obligatoires au primaire avec une des 3 langues nationales.<br /> <br /> Merci à vous d'accepter mon humble contribution,<br /> Sinon
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B
<br /> Mon cher lamine Merci pour ta saine et intellectuelle reaction a mon interview.J apprecie beaucoup.Je suis tres occupe actuellement pour te repondre comme je veux. S il te plait il faut lire ma<br /> these d etat sur mon site et tu comprendras que le vrai probleme c est la nature de l etat. Tu as reagis en technicien de la langue.Moi je suis un technicien des institutions politiques et un<br /> revolutionnaire. Merci.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Merci encore Koro Basile de m'avoir donné un sujet d'acrticle scientifique et article de vulga. Je vais sortir quelque chose sur la contibution<br /> des internautes.<br /> <br /> <br /> Bonne soirée.<br /> <br /> <br /> Est-ce que les gens de l'INSS ont réagit?<br /> <br /> <br /> L’état actuel du débat à propos de la politique linguistique au Burkina Faso :<br /> <br /> <br /> le point de vu des internautes<br /> <br /> <br /> Mamadou Lamine SANOGO<br /> <br /> <br /> INSS-CNRST<br /> <br /> <br /> Ouagadougou<br /> <br /> <br /> Dans une interview accordée au quotidien Sidawaya du 21 avril 2010, Basile Guissou déclarait : dans le en 2010 :<br /> « Il faut que toutes les langues maternelles du Burkina soient reconnues par la Constitution ». Cette déclaration qui intervient une semaine après les émeutes sur les campus<br /> universitaires en Mauritanie n’a pas laissé le public indifférent. De nombreux internautes se sont prononcé, à chaud, et les réactions vont dans tous les sens.<br /> <br /> <br /> Le but du présent article est de nous fonder sur les réactions provoquées par cette interview pour rappeler encore l’état<br /> des lieux d’un débat qui à certain moment de notre histoire était encore classé tabou. <br /> <br /> <br /> <br />