Pour une construction des Etats Nations, les efforts de tous

Publié le par mala

Dans un article récent publié dans le journal l’Observateur Palga du 18 septembre 2009 (version électronique non numérotée sur www.lefasonet.bf article33261), Monsieur ZAW Somé Gabin, en réponse à un article précédent de Monsieur Gbaanè Kpoda Mwinbaponé Narcisse, semblait faire des déclarations qui nécessitent des réactions de notre part. Ces réactions sont un devoir d’intellectuel engagé pour la cause des langues nationales. Nous réagissions ici en tant que linguistique, en tant que membre du comité d’experts de la commission toponymique du Burkina Faso, et enfin, en tant que auteurs de quelques publications dans des revues scientifiques sur la question de l’onomastique en général. D’entrée, il faut préciser que l’onomastique est « la science du nom propre ». Les domaines d’études concernent aussi bien les noms de lieu (toponymie), les noms d’animaux (zoonymie), les noms de langues (glossonymie), les noms d’ethnie (ethnonymie), les noms de personnes (anthroponymie)… et enfin, les noms famille (patronymie), pour nous en tenir au domaine qui nous intéresse.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de faire une précision importante, car à la lecture de votre contribution, j’ai compris que vous avez compris que les noms de famille (matronyme ou patronyme) « ont un sens ». Il s’agit d’un lapsus, je suppose car la commission toponymique mondiale a décidé que « le nom propre a une explication, il n’a pas de sens ». Et cela est bien la prise en compte des résultats de la recherche en linguistique générale. En effet, le signe linguistique se compose d’un signifiant (par exemple ce qui est écrit) et d’un signifié (ce auquel il renvoie). De façon générale, lorsque le dis table, il s’agit bien de cet objet qu’on connaît. Il peut bien évoquer d’autres formes comme table de multiplication, table de mixage…Ici, il s’agit des référents.

Or dans le cas du nom propre, il y a un signifiant mais il y a également un signifié qui, ne renvoie pas à tout l’espèce mais un individu qu’il personnalise. Il n’y a pas de référent autre que celui qui est individualisé. Quand je dis Gabin Somé, il ne s’agit pas de tout homme ayant une tête de … mais bien ce Gabin auteur de l’article et non Jean Gabin ou Sanou Gabin. On retiendra, alors pour cette partie du cours qu’il n’y a pas de sens mais une explication, comme ce que vous avez fait tout le long de votre contribution d’ailleurs. En revanche, mon plus grand intérêt pour votre contribution n’est pas à ce niveau.

En réalité, toute mon attention a été retenue surtout par cette force et cette volonté manifeste de démontrer le lien entre les pratiques actuelles au sein de votre communauté et les dispositions du code civil dans notre pays. C’est là je me suis interrogé « et ceux chez qui elles ne correspondent pas ? ». Vous savez bien que dans notre savane africaine, le patronyme ne s’attribue pas de la même façon suivant les groupes ethniques. Au Burkina Faso, vous savez que chez les Lyelé, abusivement appelés Gourounsi filles et garçon n’ont pas le même patronyme. Chez les Bela et autres Halpullar de la zone de Dori et chez les Tamashek, les Zarma… le patronyme est le nom du patriarche ou du père géniteur, suivant les cas. Un certain Omar vous a bien dit que Ondimba est le prénom de son père et son fil Aly porte bien ce même prénom en complément de son patronyme Bongo comme l’a fait son père. J’ose croire qu’il ne donnera pas Aly à ses enfants mais Ondimba. Par conséquent, lorsque vous prendrez les Bongo, vous saurez désormais qu’il y a des Ondinba et autres. Cette pratique est connue chez les Dioula chez qui ont reconnaît un Ouattara de Djiguinadjonso d’un autre de Bambajonsso… Tout près chez les grandes familles de griots au Mali voisin, le Demba est le patronyme de femme de la même famille où les hommes sont Sissoko. Chez les Senufo, les prénoms sont donnés suivant un ordre matri-chronologique sexué à la naissance. En d’autres termes, il y a une liste de prénoms pour les garçons et une autre liste pour les filles, il reste entendu que les enfants sont toujours rangés suivant cette liste chez une même mère. Par conséquent, si le père est polygame, on retrouvera forcement des frères ou sœurs ayant les mêmes noms et c’est là qu’intervient le prénom de la mère en sus. Cette pratique se trouve chez les Sambla, les Toussian, les Karaboro…

De même, lors des différentes cérémonies d’initiation, ces prénoms de naissance doivent laisser la place à d’autres qui sont attribués au cours des cérémonies que nous n’avons pas le temps de relater ici. De ce qui précède, on voit que le Burkina Faso, à l’instar des autres pays du monde sont des creusets de cultures différentes. Mais, à l’instar de tous les pays du monde, le Burkinabè se réfère à une identité nationale. On pourrait bien nous dire qu’elle n’est pas solide, mais elle est en construction comme chez les autres d’ailleurs.

Ainsi, dans ces pays où l’Etat a précédé la nation et que nous sommes dans la vague des constructions nationales, la bonne question n’était donc pas pour nous de savoir si vos pratiques sont conformes au code de l’état civil, mais de nous dire que ce que vous être prêt à concéder comme pan de votre culture pour la construction de l’identité nationale burkinabè. Il ne s’agit nullement de vous demander à renoncer à vos valeurs culturelles Dagara, mais de trouver les voies et moyens qui font du Dagara un civil Burkinabè, au sens premier, c’est-à-dire « de celui qui contribue à la vie politique de sa cité ». Lors des prochaines sessions de la sous-commission du Dagara, une demande d’assistance en expertise de ses questions serait indiquée et c’est bien là le rôle des intellectuels.


Mamadou Lamine SANOGO

Maître de recherche INSS-CNRST / Ouagadougou / Burkina Faso

Administrateur Général de la Fondation Karanta

Bamako / Mali

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